• FAIT DU BIEN A TON CORPS POUR QUE TON ÂME AIT ENVIE D'Y RESTER

Le corps est notre première maison de Marie-Pierre Dillenseger (Auteur)

Dans la pensée chinoise, un esprit (Ling) a provoqué les conditions de sa matérialité (la rencontre ovule-spermatozoïde puis le corps) pour s’y incarner. Chaque vie apporte un autre corps, une autre possibilité d’incarnation. Les problèmes à résoudre sont autant d’opportunités pour expérimenter nos forces et nos limites.

Les obstacles nous apprennent à nous positionner et, ainsi à nous ouvrir à d’autres plans de nous-mêmes. Dans cette vision, l’esprit est permanent (espace) et le corps est éphémère (temps). Le corps n’est pas secondaire car il est le véhicule dans lequel loge l’esprit. Chaque vie est en effet davantage définie par le corps que l’on a que par l’esprit qu’il accueille. Celui-ci demeure et s’incarnera autrement dans la vie suivante.

L’intérêt d’une vie est d’aller au bout de cette incarnation; dans cette vie, la vivre pleinement. Comment ? En acceptant le corps qui nous a été donné, en en prenant soin, en l’aimant, en l’utilisant et surtout en avançant avec lui et grâce à lui, au propre et au figuré. Il n’est pas question ici de vivre dans sa tête, dans son cœur ou dans son esprit mais bien dans son corps.

L’objectif d’une vie est de s’incarner pleinement, d’utiliser autant que ce peut cette maison charnelle qui nous a été donnée. Le corps est la condition du plein rayonnement de l’esprit, de l’âme et du cœur. Nous avons à apprendre à être le mieux possible avec notre enveloppe corporelle, à identifier/utiliser les forces et les faiblesses qu’il nous donne.
Dans la pensée occidentale, le corps n’a pas cette valeur. Se détacher du corps, se libérer des contraintes physiques et des penchants terrestres au profit d’une quête spirituelle, intellectuelle ou d’une activité sans travail physique est valorisé. Le corps gêne, limite, complique. Nous sommes presque arrivés à faire sans, dans la perspective trans-humaniste. Or ce corps se rappelle de plus en plus à nous comme le montrent les dépenses exponentielles des frais dits «de santé».

L’accomplissement de soi n’est pas le dépassement du corps, ni sa mise au ban. On trouvera la voie dans l’acceptation des contraintes de la matérialité, condition fondamentale de l’incarnation. Les projets prennent du retard, déraillent ou fatiguent parce qu’ils se font dans la réalité tangible que la métaphysique chinoise appelle Ciel postérieur (Hou Tian – après la naissance) par opposition au Ciel antérieur (Xian Tian – avant la naissance) où tout était parfait, mais qui n’existe plus et auquel nous n’avons plus accès.
 
Or la vie est du côté du changement, de l’infinie complexité des rencontres, des personnes, des choses et des situations. Elle nécessite le mouvement, des forces yang et une capacité à naviguer comme un marin sait le faire sur les courants. Sur l’eau, l’ensemble du corps est sollicité sans arrêt, non seulement pour se tenir droit, mais aussi pour continuellement se réorienter dans le monde.
 
Lorsque tout change, pouvoir s’appuyer sur des forces extérieures à nous, qualifiées, palpables comme le temps et l’espace est crucial. Lorsque le temps est abstrait, élusif, anonyme, que le corps est un danger, un poids, une contrainte, l’esprit se sent seul. La tentation est grande de s’enfermer, de s’enfouir et de s’oublier, ou d’être malheureux.

雷宓谐 dit Michel

Référence : « La voie du Feng Shui » de Marie-Pierre Dillenseger aux éditions INREES

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